ZOOM sur les kiosques à musique de Romans et de Valence
La musique au cœur des villes
À la fin du 19 ème siècle, les kiosques à musique fleurissent dans les villes françaises. Témoins d’une époque marquée par l’essor des loisirs populaires, ils incarnent un idéal républicain : celui d’une culture partagée en plein air, accessible à tous.
Dans la Drôme, deux kiosques symbolisent particulièrement cette vitalité urbaine et musicale : celui de Romans-sur-Isère, né de l’initiative citoyenne, et celui de Valence, devenu mondialement célèbre grâce à Raymond Peynet et à ses amoureux.
Ces deux édifices, à la fois artistiques et conviviaux, racontent chacun à leur manière l’histoire d’une ville et d’une époque, de par leur architecture.
- Un projet né de l’initiative privée (1881–1888)
Dès 1881, Louis Blache, marchand de comestibles, rêve d’un kiosque à Romans. Mais ce n’est qu’en 1886 que le projet prend forme grâce à l’association des « Employés et voyageurs de commerce ». Concerts, souscriptions, fête publique : la ville entière se mobilise. La première pierre est posée le 2 octobre 1887. Le kiosque est inauguré le 3 juin 1888, symbole de la vitalité culturelle et économique d'une ville, marquée par l’essor de l’industrie de la chaussure et l’installation du 75ème Régiment d’Infanterie.
- Une architecture typique de la fin du 19ème siècle
Œuvre de Jean-Baptiste Courtet (1848–1915), serrurier et inventeur romanais, le kiosque illustre l’architecture éclectique de la fin du 19ème siècle.
Edifice octogonal, reposant sur un socle maçonné, il allie fonte, fer forgé et zinc. Son dôme à la silhouette de pagode chinoise – aujourd’hui restitué – était soutenu par huit colonnes cannelées reliées par des consoles et arcades décoratives. La couverture en zinc et la menuiserie du plafond lui offrent une sonorité idéale pour les concerts.
Les ferronneries sont réalisées par les établissements Courtet : un véritable chef-d’œuvre d’artisanat local.
- Un lieu emblématique de la vie romanaise
Le kiosque devient rapidement un espace de rassemblement populaire. Sur la promenade des Cordeliers – aujourd’hui place Jules-Nadi – il accueille les fanfares militaires, les musiques scolaires et les fêtes publiques.
Il incarne l’idéal républicain : celui d’une culture accessible à tous, où la musique contribue à l’éducation et à la cohésion. Jusqu’à la Grande Guerre, les concerts du 75ème R.I. rythment la vie des dimanches et des fêtes nationales.
Lieu de mémoire et de convivialité, le kiosque reste un repère dans le paysage urbain et affectif des Romanais.
- Un patrimoine restauré, témoin de l’histoire
Modifié au fil du temps – suppression du bulbe, simplification de la toiture dans les années 1960, restauration partielle dans les années 1990 – le kiosque a subi les assauts du temps.
En 2017, la ville engage une restauration ambitieuse pour lui redonner son apparence d’origine. Le bulbe est reconstruit, les éléments ornementaux, le zinc, l’éclairage et la structure sont rénovés par des entreprises locales.
Depuis 2018, le kiosque trône à nouveau dans toute sa splendeur, haut de plus de 11 mètres, témoin précieux du patrimoine architectural, social et musical de Romans-sur-Isère.
- Valence : un kiosque, une histoire, un symbole
En 1862, à l’occasion de la rénovation du Champ de Mars, Valence fait construire son tout premier kiosque, alors dépourvu de toit. Cette première structure est démolie quelques années plus tard, en 1880.
Le 25 janvier 1890, la municipalité organise un concours pour l’édification d’un nouveau kiosque, au même emplacement. Les architectes Eugène Poitoux et Regnard le remportent avec un projet intitulé Musica me juvat (« La musique me plaît »).
Les travaux avancent rapidement, permettant une inauguration quelques mois plus tard, le 19 octobre 1890. En mai 1891, plusieurs actes de dégradation conduisent la municipalité de Valence à ordonner la construction d’une grille autour du kiosque, afin de le protéger.
L’histoire du kiosque prend une nouvelle dimension lorsqu’elle croise le chemin du dessinateur Raymond Peynet. De passage à Valence en 1942, il en réalise une esquisse. Ce dessin marque le point de départ de l’aventure des amoureux de Peynet, déclinés ensuite en timbres, poupées, sucreries, et bien plus encore.
Cette renommée contribue à sauver le kiosque d’une démolition envisagée lors d’une réunion tenue le 12 mars 1957. Il s’agissait alors de le remplacer par un auditorium moderne !
Communément appelé « kiosque des amoureux de Peynet » depuis avril 1966, le kiosque à musique de Valence est classé monument historique le 11 octobre 1982.
Deux symboles d’un patrimoine partagé
Le kiosque à musique, qu’il soit romanais ou valentinois, incarne une même histoire : celle de la convivialité urbaine et de la musique populaire. Ces deux édifices, restaurés et toujours au cœur de la vie locale, rappellent combien la musique et l’espace public ont contribué à façonner l’identité des villes de notre territoire.
Pour aller plus loin, les états des sources consacrés aux kiosques de Romans et de Valence sont disponibles :
- En téléchargement ci-dessous
- Ou en consultation en salle de lecture
Ces instruments de recherche recensent l’ensemble des documents conservés dans nos fonds relatifs à ces monuments patrimoniaux, permettant à chacun de poursuivre la découverte de ce riche héritage musical et architectural.